Saule et peuplier étudiés pour la phytoextraction expérimentale des PFAS dans un sol contaminé

PFAS et phytoremédiation : où en est la recherche ?

Written by: Joseph OLIVIER

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jardin de phytorémédiation

Peut-on planter des végétaux pour se débarrasser des PFAS, ces « polluants éternels » présents dans de nombreux sols français ? La recherche sur ce sujet est encore très récente — la plupart des études datent de 2024 et 2025 — et les résultats, bien que prometteurs, restent encore loin de la maturité atteinte pour les métaux lourds ou les hydrocarbures. Voici un état des lieux honnête de ce que l'on sait aujourd'hui.


Pourquoi les PFAS posent un défi unique à la phytoremédiation

Contrairement aux hydrocarbures ou aux pesticides, qui peuvent être véritablement dégradés par certaines plantes et micro-organismes, les PFAS doivent leur surnom de « polluants éternels » à une liaison carbone-fluor parmi les plus stables connues en chimie. Cette stabilité extrême signifie qu'aucune plante n'a, à ce jour, démontré de capacité significative à dégrader les PFAS. La phytoremédiation des PFAS se limite donc essentiellement à de la phytoextraction : les plantes absorbent et concentrent la molécule dans leurs tissus, sans jamais la détruire.

Saule et peuplier : les espèces les plus étudiées

Une étude de 2025 a mesuré précisément l'absorption des PFAS par le saule (Salix miyabeana) et le peuplier (Populus trichocarpa) sur un sol contaminé : après 90 jours, l'absorption variait de 0,02 % à 35 % du poids sec pour le saule, et de 0,4 % à 29 % pour le peuplier, selon la molécule PFAS considérée. Un ajout d'hormone de croissance ou d'amendement microbien testé dans cette étude n'a en revanche montré aucun effet significatif sur l'amélioration de cette absorption.

Une autre étude menée sur un site contaminé en Allemagne a confirmé, via un phytoscreening du feuillage, que le saule blanc présentait les concentrations de PFAS les plus élevées, suivi du peuplier noir puis de l'aulne noir — confirmant la hiérarchie d'efficacité observée en conditions contrôlées.

arbre phytorémédiation

Un mécanisme clé : la taille de la molécule change tout

Un enseignement essentiel de ces études récentes : le comportement des PFAS dans la plante dépend fortement de la longueur de leur chaîne carbonée. Les PFAS à chaîne courte s'accumulent principalement dans les parties aériennes (feuilles, tiges) — donc plus faciles à récolter — tandis que les PFAS à chaîne longue restent majoritairement piégés dans les racines. Cette distinction conditionne directement la stratégie de récolte à adopter selon le profil de contamination du site.

Une piste émergente : le chanvre

Un essai de terrain mené sur l'ancienne base aérienne de Loring (États-Unis), en collaboration avec la nation Mi'kmaq, a testé la phytoextraction par le chanvre (Cannabis sativa) sur un sol contaminé par d'anciennes mousses anti-incendie. Sur 28 PFAS identifiés dans le sol, le chanvre en a absorbé 10, avec une préférence marquée pour les composés carboxyliques à chaîne courte. Au total, environ 1,4 mg de PFAS ont été extraits du sol via les tiges et feuilles récoltées — une preuve de concept encourageante, mais qui illustre aussi l'ampleur du chemin restant à parcourir pour des applications à grande échelle.

feuille de chanvre

Le vrai problème : que faire de la biomasse récoltée ?

Puisque les PFAS ne sont pas dégradés mais simplement concentrés dans la plante, la gestion de la biomasse après récolte devient l'étape critique du processus. Les chercheurs explorent actuellement deux pistes pour détruire les PFAS contenus dans cette biomasse :

  • la pyrolyse, qui transforme la biomasse contaminée en biochar à haute température, susceptible de détruire une partie des PFAS ;
  • la liquéfaction hydrothermale (HTL), une technique testée sur les plants de chanvre récoltés à Loring, qui vise également à décomposer les molécules dans la biomasse traitée.

Sans ce traitement post-récolte, la phytoextraction des PFAS ne fait que déplacer le problème du sol vers une biomasse végétale tout aussi contaminée, qui doit alors être gérée comme un déchet dangereux.

Ce qu'il faut retenir avant de s'engager sur cette voie

  • la phytoremédiation des PFAS reste un domaine de recherche actif mais encore expérimental, sans application à grande échelle validée à ce jour ;
  • l'efficacité varie énormément selon la molécule PFAS précise (chaîne courte ou longue) et l'espèce végétale utilisée ;
  • aucune destruction du polluant n'a lieu dans le sol : la biomasse récoltée doit impérativement être traitée comme un déchet contaminé, avec des filières de traitement (pyrolyse, HTL) encore en phase de développement.

La priorité reste le diagnostic

Compte tenu du caractère encore embryonnaire de ces techniques, la première étape reste, sans surprise, de savoir précisément quelles molécules PFAS sont présentes dans votre sol et à quel niveau :

FAQ — Phytoremédiation des PFAS

Peut-on détruire des PFAS avec des plantes ?

Non, aucune plante n'a à ce jour démontré la capacité de dégrader les PFAS, en raison de l'extrême stabilité de leur liaison carbone-fluor. Les plantes ne font que les absorber et les concentrer, sans les détruire.

Le saule et le chanvre sont-ils utilisables aujourd'hui sur un terrain contaminé ?

Ces techniques restent principalement au stade de la recherche et des essais de terrain limités. Une application opérationnelle à grande échelle nécessiterait un accompagnement scientifique spécialisé et une filière de traitement de la biomasse récoltée, encore peu accessible en France.

Pourquoi les chercheurs privilégient-ils les espèces à croissance rapide comme le chanvre ou le saule ?

Leur biomasse importante et leur cycle de croissance rapide permettent de récolter davantage de matière végétale en moins de temps, compensant en partie la faible efficacité d'absorption par unité de poids.

En résumé

La phytoremédiation des PFAS en est encore aux premières étapes de la recherche : saule, peuplier et chanvre montrent des capacités d'absorption réelles mais très variables, sans jamais dégrader la molécule elle-même. La gestion de la biomasse contaminée après récolte reste le véritable verrou technologique à lever avant une application concrète à grande échelle.

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L'auteur de l'article : Joseph OLIVIER

Joseph OLIVIER est un entrepreneur dans l'âme. Originaire de Nantes, il se forme dans le domaine de l'environnement et la gestion de déchets avant de créer un bureau de conseil en économie circulaire. En 2022 il co-fonde Pouryère avec l'ambition de réponse aux préoccupations des citoyens sur la qualité des sols en France et l'accès à la donnée environnementale.

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